Carignan et Hérault : Racines, exils et retrouvailles
Le Carignan fait partie de ces cépages au visage changeant, capable tantôt de briller, tantôt d’être oublié. Dans l’Hérault, il incarne un morceau de mémoire collective, de paysage façonné par la main de plusieurs générations. Son destin est indissociable des « longues vignes » et des moult noms de terroirs qui parsèment le département.
Introduit en France par le sud, probablement au XIXe siècle, il s’est imposé dans l’Hérault après la crise du phylloxera qui a ravagé le vignoble. La robustesse du Carignan, sa capacité à produire de généreux volumes ont en effet séduit, jusqu’à la démesure : dans les années 1950-70, il couvre, avec le Grenache et le Cinsault, la majorité des surfaces, favorisant une “vigne nourricière” plus que gourmette.
Pour mesurer son importance, un chiffre parlant : en 1979, l’Hérault comptait près de 56 000 hectares de Carignan (source : FranceAgriMer), soit plus que toute l’Espagne aujourd’hui ! Mais, victime de son succès, il va être ciblé par d’ambitieuses politiques d’arrachages dès les années 1980. Son image, associée à des vins rustiques, acides, peu nuancés, le destine à un déclin inexorable. On en comptera moins de 12 000 hectares dans l’Hérault en 2020 (données Agreste 2021). Pourtant, la réalité est aujourd’hui bien moins caricaturale.