Les gestes traditionnels revisités à l’épreuve du changement climatique
Le sol, trésor fragile : retour du travail à l’ancienne et innovations douces
Dans la vallée de l’Hérault ou du côté de Montagnac, nombreux sont les vignerons qui redonnent sens à l’expression : « travailler le sol ». Laisser l’herbe pousser entre les rangs, favoriser la faune et maintenir une légère couverture végétale : loin du simple aspect écologique, ces pratiques participent à la rétention de l’humidité et limitent l’érosion.
- Enherbement maîtrisé : Les couverts végétaux plantés après vendanges évitent que le soleil ne cuise le sol nu. Les espèces choisies (fétuque, luzerne, vesce) sont souvent locales et adaptées à la sécheresse. Selon le Syndicat AOC Languedoc, en 2023, 45 % des exploitations avaient recours à un enherbement total ou partiel.
- Labours d’été réduits : Exit le labour profond de juin. Désormais, la tendance est au griffage très superficiel pour ne pas casser la fine croûte créée par les premières pluies et préserver le « paillis » naturel spontane.
Côté innovations, certains domaines expérimentent la pose de biochar (charbon végétal) dans les interceps pour améliorer la rétention en eau, technique importée de viticulteurs chiliens. Même timides, ces essais témoignent du renouvellement des mentalités.
Le paysage change : la gestion de la canopée et de la charge en fruits
Sous l’intense lumière de juillet-août, la taille et l’effeuillage prennent des allures de marqueterie végétale.
- Effeuillage sélectif : Plutôt que d’ôter massivement les feuilles côté soleil levant, de nombreux vignerons préfèrent uniquement aérer les zones sujettes à la pourriture, pour protéger la grappe de la brûlure.
- Limitation de la charge : La sécheresse réduit naturellement le nombre de grappes mais, pour éviter la surmaturité, certains procèdent à une vendange en vert très précoce.
Dans le domaine de Claire, à Saint-Pargoire, cela s’est traduit en 2022 par le maintien de
seulement trois grappes par pied, contre cinq en 2015.